chez Nicolas Bokov

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Lieu : Paris, France

31.12.18

Bonne Année & Happy New Year & С Новым годом



30.12.18

Colis de Noël


 à I.J.

Il y trouve du miel, cela rime, un bocal d’apiculteur de la Creuse, il la connaît il y était et il y écrivait un poème, en attendant le bus qui y passait une fois par jour,
et encore du miel, spécial, libellé « miel et noisettes », oh combien doux, prévu pour le petit-déjeuner, n’est-ce pas, après une nuit remplie d’étoiles, de souffles d’une brise, bon prétexte de proposer sa veste à elle, et puis, de lui mettre le bras sur l’épaule;
et encore, du thé signalé « Noël à Venise », tiens-tiens, très parfumé, vanillé, avec une note de sévérité d’agrume, ah la Venise, la ville antique et ancienne de noces, littéraires ou réelles, la ville de quelques tombes célébrées par les amateurs de la poésie russe;
une boîte de bonbons (magnifiques, pense-t-il) décorée d’une petite Licorne dorée, qui fait allusion à la Dame des gobelins, à la lumière tamisée de la salle du musée;
une paire de chaussettes avec de jolies écrevisses, son signe de Zodiaque, évidemment, connu pour sa timidité et sa réticence, exagérées, menaçant le bonheur naissant de gestes audacieux rêvés,
un paquet des photos, mais oui, prises lors de leur rencontre à Paris, imprimées sur papier brillant, le petit paquet mentionné « moments inoubliables », et c’est vrai, c’est la chaleur de l’été, le soleil, la robe lumineuse que faisait deviner les lignes du linge noir,
une photo encadrée avec un support, on peut la mettre sur la table de travail ou sur un commode, on y sont tous les trois, lui au milieu entre elles, une riante et l’autre souriante énigmatiquement;
un cahier de grand format qui pourrait servir de journal de bord si le voyage imaginaire devenait réel, les pages lignées pour qu’il écrive correctement, la couverture du cahier décorée d’une aquarelle, « Honoring Sylvia Wang », le nom connu d’une pianiste virtuose jouant aussi sur le clavier puissant des désirs, avec son dos hypnotique, avec ses cuisses envoûtantes, ainsi la volupté de mélomanes double leur plaisir d’écouter la suite magique de sons de Schumann;
une enveloppe avec une carte de Noël, un petit sapin sympa et des flocons de neige étincelants, couverte d’une jolie écriture, « Cher… j’espère que ce petit colis vous fera plaisir… », et comment, il se sent Robinson Crusoe admirant ses trésors rescapés du naufrage;

et ce n’est pas tout ! mais on fait une pause en relisant la lettre, buvant du thé « Noël à Venise », regardant les photos de l’été passé…

Pour découvrir ensuite un calendrier – pour l’année 2019 composé des 12 images de jardins paradisiaques, roses, lilas, herbe printanière, pans de ciel bleu et profond à s'y noyer;
un chausson rouge de Noël, flamboyant neuf, comme il le faut la veille du renouvellement annuel, pour y mettre, pense-t-il, ses économies littéraires restreintes;
et encore des chaussettes, trois paires, en signifiant peut-être que l’hiver sera long, qu'il n'est plus saisonnier,
et une paire des chaussettes – pare-balles, oui, renforcées avec des fibres Kevlar ! Est-ce une allusion au mouvement des gilets jaunes et au danger policier dans son quartier proche de la République ? L’intuition féminine est plus sensible et franche que les phrases perfides des gens aux rênes du pouvoir;  
ensuite, une écharpe mohair luxueuse, délicatement tricotée qui garde encore la chaleur de la tendre main, qui s'arrêtait parfois laissant des souvenirs passer devant ses yeux, des réflexions aussi sur notre destin de mortels;
et puis, un livre qui vaut des volumes! qui révèle le grand secret de deux derniers siècles, vous devinez bientôt lequel, c’est l’identité du modèle du tableau de Courbet, je vous dis à l’oreille son titre, « L’origine du monde » ! « L’énigme est enfin résolue !.. – écrit la main forte amicale de son écriture délicate,
et enfin – la cerise sur le gâteau, du fond du colis sort un merveilleux sac de courses, pour l’accompagner désormais dans sa chasse aux légumes et fruits…
La bonté même des Muses, Amie de Saint-Nicolas et du Père-Noël! Il n'ose pas la nommer de son nom laïque, il murmure seulement: messagère d'Euterpe et d'Erato, merci de tout cœur…

Le 24 décembre 2018. 

16.12.18

Journal de Lucien Suel


« Les Vers de la Terre (Journaux 2007-2017) », par Lucien Suel. Ed. Dernier Télégramme, Limoges.
C’est courant : un écrivain publie son journal tout frais, plus ou moins intime. C’est symptomatique : on aime les journaux d’auteur et ses lettres privées, parce que les lecteurs sont des voyeurs légitimes et même invités. On n’attend plus la fin, on raconte le procédé.
L’intérêt du public pour la littérature a diminué parce que le cercle de ses sujets et de ses faits a diminué. Au temps de Balzac ou Zola, il n’y avait pas beaucoup de moyens d’apprendre, sauf par les livres. Depuis, la photographie, le cinéma, enfin, l’internet ont ravagé l’édition.
Mais l’auteur a besoin d’écrire un livre, même plus que le lecteur, le lire ; celui-ci, trop souvent, n’en a pas besoin du tout.
D’une part, la littérature rend le voyeurisme légitime : on lit « Lolita » dans le métro sans craindre les regards. D’autre part, « Madame Bovary / Anna Karénine » disent-elles beaucoup à un jeune d’aujourd’hui sur le grave sujet qui l’enflamme, le sexe ?
Ainsi nous vivons à l’époque de « l’art pour l’art ». La littérature reste intéressante par ce côté-là ; pas par « quoi » mais par « comment ». Il n’est pas donc étonnant que le « comment » n’intéresse pas trop les masses, que les masses s’intéressent plutôt à « quoi », ce qui est raconté, hélas ! ailleurs et autrement que par les mots.
Oui, nous sommes des vers de la terre. Lucien Suel me rappelle cette appellation empruntée à la Bible, si consolante dans les moments où le tragique de la vie nous capture, quand on veut devenir petit et invisible pour le destin qui frappe.
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Le lecteur actuel s’attire par le renom. En effet, les écrivains sont des centaines, on en connaît quelques noms. Soudain, l’un d’eux est marqué par un prix ; on accourt : est-ce quelqu’un qui n’est pas comme les autres ? Toute profession a son champion ; les lecteurs veulent un champion d’écriture, comme il y a un sauteur ou un nageur chez les sportifs, un couturier pour les belles, un beau parleur politicien pour les citoyens ou, plus exactement, les contribuables.
Lucien Suel écrit des livres très différents ; il les aime tous.
Le sablier le fascine parfois. Vous aussi, une fois dans votre vie, vous avez observé la chute des grains, vous avez suivi leur mouvement vers le mince passage entre les deux bulles, vous avez constaté le grossissement d’un monticule en bas : il tendait vers le haut comme s’il voulait retourner dans la partie haute. Mais il s’affaissait sous son propre poids.
Le livre de Suel est une colline : d’événements, de jours, de noms. Il est son unique créateur. 
Il est amusant pour moi, lecteur cette fois, de voir mon portrait. Chez les peintres, c’est banal mais c’est encore rare dans la littérature ; parce qu’elle est lente : Lucien Suel décrit notre rencontre de 2007, je le relis en 2018. A l’époque j’enregistrai la lecture de son célèbre poème « Coursiers de Mammon » qui vit depuis sur YouTube. (https://youtu.be/7DW4tmzCbPk)


Suel en parle dans son livre dix ans après…
Il faisait sa lecture près du monument à La Fontaine dans le parc du Ranelagh, à coté du Renard et du Corbeau luxurieux du 16ème arrondissement. Depuis, on a volé la queue chic du Renard en bronze, pour la vendre sans doute au ferrailleur.
Mais son journal est bien « pasteurisé » : il évite toute apparition en robe de chambre ou en pyjama. Les jeux de mots sont permis et parfois abondants, le voyage au Sénégal est édifiant, son séjour d’écriture à l’hôpital psychiatrique d’Armentières près de Lille est riche en observations.
Des notes courtes de chaque jour, des commentaires furtifs de faits. Le ton change une fois, et pour cause : Suel raconte comment il a failli se noyer et comment il a été sauvé par un maître-nageur. On ressent l’attendrissement du poète. Son style devient limpide et méditatif. On a envie de connaître le nom du sauveur, absent dans le texte car l’auteur a oublié de le demander.
Le poète est toujours prophète, énigmatique et savoureux. Je voudrais saisir le sens de la dernière phrase du livre : « On voit venir de loin la faux de l’avenir radieux ». Réfugié ex-soviétique, je reconnais une bribe de la phraséologie communiste, « l’avenir radieux » ; certes, la faux était et reste plus réaliste que la faucille. Espérons qu’elle se révélera fausse même si les événements en Moscovie poutinienne parlent d’une restauration de l’ancien régime. A l’échelle réduite, Dieu merci.
 


14.12.18

présence concentrée " Bokov "


Quelque part en province, une présence silencieuse concentrée « Bokov » : on sait tout, ou presque, sur lui… Suivons les anciens : aut tace aut loquere meliora silentio… /tais-toi ou dis quelque chose qui vaille mieux que le silence… Mais qui oserait, cette compétition avec l’éternité ? Dites !
 



24.11.18

Editions de La Caverne /Livres russes et français


http://www.amazon.fr/-/e/B004N6IAQI





7.11.18

Au théâtre Déjazet ce soir le 7 novembre 2018: Comprendre le sacrifice d’Anna Politkovskaya


Quand un journaliste critique et dévoile le mal, il espère  mobiliser l’opinion publique, la faire peser sur l’État et que celui-ci utilise ses relations pour rectifier le tir.
En Russie, il se produit parfois que c’est l’État même la cause du mal, sciemment et volontairement.
Car notre État russe  actuel est issu de l’État totalitaire soviétique. Faut-il encore le rappeler ? Comment expliquer, en deux mots, cette longue et sanglante maladie de la nation russe ? Les maladies semblables en Europe, le fascisme et le nazisme, ont été guéries de façon chirurgicale. 
Un jour, Anna Politkovskaya a découvert que le pouvoir russe commettait un crime contre sa propre population.
Tous les documents sont publiés par elle-même et par ses collègues.
Pendant la prise d’otages au théâtre Nord-Ost à Moscou, le 23 octobre 2002 au soir, un certain Terkibaev entre dans ce théâtre avec des terroristes tchétchènes.
A l’aube du 26 octobre, la police de Poutine gaze le théâtre. Terkibaev avait déjà mis les voiles.
Les journalistes ont appris qu’il travaillait dans l’administration de Poutine. Anna l’a interviewé et publié l'entretien dans son journal.
« Je pensais, la veille, que cette publication allait faire exploser le monde », dit-elle dans une interview, toujours visible sur le web ; elle parle, et baisse la voix, involontairement, tant le vrai de la vie paraît monstrueux : l’acte terroriste au théâtre Nord-Ost était donc sous  contrôle du pouvoir ? Et on ose de le dénoncer !
Le pouvoir criminel commença à brouiller les pistes. Et à se venger.
Décembre 2003 : Terkibaev meurt dans un « accident de voiture ».
Septembre 2004 : sur la route de Beslan (une nouvelle prise d’otages, terrible), on verse du poison dans le thé de Politkovskaya. Elle survit.
Le 7 octobre 2006, Anna est tuée par balles à l’entrée de son domicile. Le jour de l’anniversaire de Poutine. Un cadeau.
Peu avant, Chirac a décoré Poutine d’une Légion d’honneur. Peu après cette décoration, Litvinenko, un collaborateur éventuel d’Anna, est empoisonné à Londres.
Peu nombreux étaient ceux qui se sont révoltés face à l’obscénité de ces faits.
Le Département d’État américain était très, très prompt à déclarer qu’il ne mènerait pas d’enquête sur l’assassinat d’Anna, même si sa double nationalité l'aurait exigé puisqu'elle était née sur le sol américain, d’un diplomate soviétique alors en poste aux États-Unis. 
Anna a donné sa vie pour sauver la Russie qui sombre dans son passée totalitaire. Martyre, elle a offert sa vie pour prévenir nous tous d’un danger grandissant : à l’ère de mondialisation, la sauvage dictature dans une grande Russie fera propager ses miasmes dans d’autres pays. La colonisation de la Tchétchénie c’est faite de son vivant ; depuis son assassinat, on a vu la guerre contre la Géorgie ; depuis 2014, l’Ukraine est dans la mire russe, la Syrie et l’Afrique sont les champs de ses actions militaires.
Il est temps de réanimer la volonté de savoir, atrophiée, en France !
L’image d’Anna, martyre au sens pascalien – « je ne crois qu’un témoin qui se laisse égorger », brille parmi les grands témoins de la liberté et de la vérité.